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Comment construire un récit narratif cohérent ? Choisir son point de vue narratif, le temps du récit... Comment rythmer son récit pour ne pas ennuyer son lecteur, et utiliser les ellipses temporelles à bon escient ? 

Dans cet article, nous allons passer en revue les principales techniques de base en écriture, qui vont vous permettre de construire un récit narratif, de manière plus logique et cohérente.

Vous en avez marre de vous relire et de constater que vos tournures de phrases ont toujours un problème ? Vous voyez bien que quelque chose ne va pas, et que ça ne rend pas l'effet que vous espérez, mais pourquoi ?

Réponse dans cet article "les 3 étapes pour construire un récit narratif cohérent"


Etape 1 : choisir le point de vue du récit narratif

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Un récit narratif, c'est tout simplement, une histoire, racontée par un narrateur, qui n'est pas forcément l'un des personnages. Il existe trois points de vue narratifs en écriture (on parle aussi de focalisation), et il est important de garder le même, tout au long du récit, pour maintenir une certaine cohérence. On utilise soit la première personne, pour une meilleure immersion (on parle alors d'un narrateur-personnage), soit la troisième personne pour plus de distanciation. C'est utile, si vous voulez montrer plusieurs points de vue, sans prendre partie pour un seul. Lisez ce qui suit : cela vous permettra de choisir votre point de vue judicieusement, en fonction de ce que vous souhaitez mettre en avant.

Point de vue narratif interne

Le narrateur est le héros. Il ne peut parler que de ce qu'il sait ou de ce qu'il voit, soit à la première personne du singulier, soit à la troisième personne du singulier.  Il peut décrire les autres mais ne peut pas lire dans leurs pensées. Au cinéma, le héros est présent sur toutes les scènes, on ne voit pas ce que font les autres pendant ce temps. C'est un point de vue souvent utilisé en autobiographie, mais pas uniquement. Cela sert quand un personnage est plus important que les autres et qu'on veut montrer l'histoire de son point de vue, avec ses émotions.

ex : l'effet papillon, la gloire de mon père...

Voici un petit extrait du film "l'auberge espagnole", sur les joies de l'administration française... On y voit le point de vue interne du héros, Xavier, trop heureux de remplir ses papiers... hum...


Phrases utilisant le point de vue interne :

Récit narratif de type autobiographique "je".

Je ne m'étais pas souvenue qu'il travaillait plus tôt ce matin. Pourtant, il me l'avait répété à maintes reprises.

Paul est le héros : ce n'est pas le narrateur, mais on voit l'histoire de son point de vue "il". On va donc le traquer, où qu'il aille, comme un paparazzi.

Paul vient de sortir de chez le coiffeur. Il manque de renverser Caroline en descendant l'escalier. Il remarque qu'elle est énervée [...] Il regarde Caroline s'éloigner à l'horizon. [...] Soudain, il se souvient qu'il est en retard, il hâte le pas jusqu'au bureau... (on ne reparlera pas de Caroline, sauf si Paul la revoit ou pense à elle, puisqu'il s'agit du point de vue de Paul : il n'y aura aucune "scène" où ce personnage n'est pas présent).

Point de vue narratif omniscient (ou "focalisation zéro")

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Le narrateur ne participe pas à l'histoire, mais voit tout et sait tout sur tout le monde (un peu comme votre voisine de palier, mais en pire, car il peut même lire dans les pensées !). Toutefois, il ne racontera que ce qu'il veut bien dire.

ex : dans les contes "il était une fois...", dans Amélie Poulain (le film), il y a la voix off d'un narrateur, qui raconte la vie des autres et ce qu'ils ressentent, mais il n'est pas un personnage dans l'histoire. Voici un extrait. D'ailleurs, saviez-vous qu'il s'agissait de la voix de André DUSSOLIER, l'acteur qui joue le père dans Tanguy ?

Phrase utilisant le point de vue omniscient :

Depuis qu'elle était petite, elle était terrorisée par les souris. Elle n'aimait pas que Jean s'en amuse, elle le voyait bien à son sourire narquois. Il nia les faits, mais elle ignorait qu'il était déjà en train de penser au mauvais coup qu'il allait lui jouer le lendemain, quand son frère serait de retour. (le narrateur sait le passé des personnages et décrit ce qu'ils pensent)

Point de vue narratif externe ou focalisation externe

Dans un roman, le narrateur décrit ce qu'il voit (les faits) ou ce qu'il entend (les dialogues) à la 3ème personne. Il ne sait rien sur les pensées des personnages ou leur passé. Au cinéma, c'est le rôle de la caméra : elle voit tout ce qui se passe mais ne prend pas part à la scène. Cela montre une action de manière objective, et de plusieurs point de vue (selon qui est en scène). C'est l'idéal quand il y a beaucoup de personnages importants.
ex : Game of Thrones, le seigneur des anneaux...

Phrase utilisant le point de vue narratif externe :

Tandis qu'il était occupé à travailler dans le champ, un homme arriva derrière lui. On entendait ses pas au loin. Il se retourna. L'homme était maigre et portait des guenilles. Arrivé à sa hauteur, il engagea la conversation. (on reste dans les faits)

En conclusion, à moins que vous ne soyez schizophrène... Ah vous l'êtes... Oups... Eh ben, si vous voulez qu'on y comprenne quelque chose à votre récit, concertez-vous !


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Etape 2 : choisir le temps du récit narratif

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Le récit narratif au présent

Le présent de l'indicatif est un temps de narration qui sert à la fois pour les descriptions et actions au présent, lorsque l'on veut raconter des choses qui sont en train de se dérouler et les rendre plus dynamiques qu'au passé. Le narrateur découvre alors la scène en même temps que le lecteur.

Le passé composé est un temps de narration qui sert pour les descriptions d'un passé ou d'une action, tous deux révolus. Il s'utilise dans un récit narratif au présent, quand un élément est antérieur dans le temps. Tandis que le futur simple s'utilise pour un élément ultérieur.

exemples :

Il attrape sa guitare, laquelle a l'air en mauvais état : les cordes paraissent usées et le bois râpeux. Soudain, lorsqu'il se met à jouer un morceau, tout le monde l'écoute avec attention (présent de l'indicatif).

Jeanne n'a pas eu cette chance l'autre fois; ils n'ont pas été réceptifs à sa musique (passé composé).

Louis aura peut-être plus de chance qu'ils l'écoutent demain (futur simple).

Hier, j'ai lu un livre. Aujourd'hui, je vais au cinéma. Demain, j'irai à la piscine.

Dans ces exemples, le passé et le futur ne sont qu'accessoires au temps principal, qui est le présent. Si on part d'un récit dont le temps principal est le passé, on n'utilisera pas le passé composé.

Le récit narratif au passé

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Le passé simple est le temps de l'action et de l'intrigue. L'action est en train de se dérouler dans le passé.

exemple :                      

Il ouvrit son livre et commença à en feuilleter les pages.

L'imparfait est un temps de narration moins dynamique que le présent. Le narrateur raconte ce qui s'est passé : il ne découvre pas la scène au fur et à mesure, contrairement au lecteur. C'est un temps qui sert pour les descriptions au passé : cela peut être pour fournir des éléments sur une personne, un objet, une émotion, un état. Il sert aussi pour décrire une habitude ou une action révolue. Ce n'est PAS le temps de l'action principale, qui est en train de se dérouler dans le passé. La différence est parfois subtile.


Exemples :


Il avait des cheveux blonds. Il était intelligent. La table paraissait bancale.
=> Description d'une personne ou d'un objet.

Elle mangeait sa soupe quand tu arrivas . Tu étais souffrante; on appela le docteur.
=> Description d'un état, au moment où l'action se produit, ou qui justifie l'action. Ici, les actions secondaires sont à l'imparfait : elles servent uniquement à apporter des précisions, mais ne servent pas à faire avancer l'intrigue (parfois, on peut même les enlever, sans que cela gêne le récit).

Les actions principales, qui font avancer l'intrigue, sont quant à elles au passé simple "tu arrivas", "on appela le docteur" (comme on l'a vu précédemment).

Quand ils étaient petits, ils jouaient toujours dans le jardin.
=> Description d'une habitude, qui n'est plus d'actualité aujourd'hui.

Le plus que parfait est un temps de narration, qui vient compléter celui de l'imparfait, quand cela se passe encore antérieurement dans le temps.

exemple :

Il avait (déjà) fermé la porte quand tu étais revenu à la maison.

Etape 3 : nuancer le rythme du récit narratif

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L'alternance entre les actions et les descriptions

Un bon récit narratif est un récit bien dosé au niveau du rythme : il faut donc savoir alterner entre les moments de description et d'action, de calme et de rebondissements. Évitez alors les récits linéaires, qui sont soit ennuyeux, soit fatigants.

D'ailleurs, s'il y a trop de phrases longues, remplies de descriptions, le lecteur se perd dans un flot d'informations inutiles. Il ne sait alors plus distinguer l'essentiel du superflu, et en perd le fil de l'intrigue.

Au contraire, s'il y a trop de phrases courtes, de dialogues et d'enchaînements dans les actions, le lecteur se sent agressé, comme s'il voyait une série de scènes en accéléré. Il n'a donc pas le temps de s'imprégner de l'ambiance, des personnages ou des décors, qu'il est déjà projeté dans la suite de l'histoire.

Or, dans tous les deux cas, vous perdez votre lecteur en route. Grave erreur !

Alors, comment bien doser ? Eh bien, c'est simple.

L'action est le fil directeur de votre histoire. Repérez les moments forts de votre action, ceux que vous voulez valoriser ! Ces moments devront être épurés de descriptions. Du moins, si vous en faites, les phrases devront être courtes et précises. Évitez donc de vouloir raconter trop de choses en même temps : car le lecteur ne sait plus où vous voulez en venir. Au contraire, pendant les moments plus calmes, où il ne se passe pas grand-chose, vous devez en profiter pour planter le temps, le décor et les émotions. C'est ce qui va permettre d'être vraiment dans l'action, au moment où celle-ci surviendra. Ainsi, en ayant préparé tout cela en amont, votre lecteur ne sera pas bombardé d'un fourre-tout d'informations, expliquant à la fois le contexte et l'action.

Les ellipses temporelles du récit narratif

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On utilise une ellipse temporelle (ou ellipse narrative) quand le narrateur ne souhaite pas raconter un élément.

1ère raison : cet élément n'a aucun intérêt pour le lecteur ou n'apporte rien à l'histoire.

exemple : "Elle lui raconta toute la vérité". (le personnage apprend ce que le lecteur sait déjà : il n'y a pas besoin de détailler plus, d'où le raccourci).

2ème raison : on vient déjà de faire des digressions. Plutôt que de perdre le fil de l'action principale, on viendra apporter des détails au fur et à mesure. Ainsi, cela évite de casser le rythme trop longtemps.

3ème raison : on veut créer une intrigue pour le lecteur, un suspens ou un futur rebondissement. On sème donc des indices pour mettre sur la voie, ou brouiller les pistes. Si l'intrigue est bien amenée, le lecteur se souviendra de votre histoire et votre explication pourra faire l'effet d'une bombe. "Aaaahhh, c'était donc ça ! Tout s'explique !"

Exemples :

"Le jour de ses 10 ans, il apprit qu'il avait certains pouvoirs..." (le lecteur n'est pas au courant... Suspens, quels sont ces supers pouvoirs et à quoi vont-ils servir ? Le lecteur attend la réponse... Il l'apprendra peut-être sous forme de flashback, lorsque le personnage parlera de son enfance).

Par contre, utilisez les ellipses avec parcimonie. Évitez donc de faire un raccourci quand une transition entre deux actions est nécessaire à la compréhension de votre histoire.

De même, n'utilisez des digressions que si elles sont utiles. D'ailleurs, vous devez montrer clairement quand elles commencent et quand elles se terminent. Raccrochez donc le wagon là où vous l'avez arrêté !

En outre, refermez toujours les intrigues. Car c'est une règle d'or pour la cohérence et le respect de votre lecteur. Puisqu'il prend le temps de s'intéresser à votre histoire, apportez-lui donc les réponses qu'il attend (et uniquement celles-ci).


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En conclusion

Vous avez donc vu la nécessité de choisir l'un des trois points de vue pour construire un récit narratif (interne, omniscient ou externe).  Il est d'ailleurs tout aussi important de vous fixer un temps pour votre narration et de vous y tenir (présent ou passé, dans la plupart des cas).  De plus, votre récit doit être rythmé si vous voulez intéresser votre lecteur, et l'imprégner de l'ambiance, en alternant entre les moments calmes de la description, et les moments plus dynamiques de l'action.

Par ailleurs, vous savez qu'il faudra utiliser des ellipses temporelles pour donner du relief et du suspens à votre histoire, quand c'est nécessaire. A vous de trouver un juste milieu !

Pour finir, je vous suggère donc de reprendre l'un de vos anciens récits (du moins un extrait), vous savez, celui où vous avez toujours trouvé que c'était un peu le bazar, sans trop savoir pourquoi. Corrigez-le avec les conseils que vous venez de recevoir, pour voir ce que ça donne 🙂

A vos stylos ou claviers !

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